Créer sa startup versus entreprendre

Brouillon

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J’ai été sollicité par Olivier Ezratty pour figurer dans le guide des Startups 2018 et je vous partage le fruit de ma réflexion que vous retrouverez en page 32 de ce guide si vous le téléchargez.

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Créer sa startup, avec des associé(e)s comme cela est recommandé dans ce guide, est une forme d’entrepreneuriat très visible, médiatisée et qui peut paraitre plus « glamour » que les autres formes d’entrepreneuriat, notamment aux élites intellectuelles de notre pays. Pourtant, ce n’est pas la seule forme d’entrepreneuriat, et, si ce guide a clairement pour vocation d’aider avant tout ceux qui visent l’univers des Startups, je ressens, par mon expérience, le besoin de poser ouvertement la question des motivations personnelles de l’entrepreneur, notamment pour nos plus jeunes lecteurs, plus susceptibles d’être éblouis par la lumière de cet univers où l’on aime afficher des chiffres qui donnent le tournis.

Qu’est-ce qu’une startup ?

En quoi est-ce différent d’une autre entreprise par exemple d’une PME ? Une startup se caractérise par la volonté de croitre très vite, en s’appuyant généralement sur une innovation technologique, afin de prendre une position majeure sur un marché à créer, en général à l’échelle internationale. Du fait de cette volonté de préempter le marché, il faut investir des montants financiers importants, associés à un risque élevé car le marché en question n’est pas prouvé. Les qualités pour réussir dans ce domaine incluent la vitesse et la capacité d’adaptation car il est très fréquent que l’entreprise ne passe pas les premières phases, ou qu’elle se trouve un modèle de viabilité très différent du marché imaginé initialement, avec tout ce que cela peut impliquer de remise en question des objectifs initiaux.

Qu’est-ce qu’un entrepreneur ?

C’est quelqu’un qui a une forte volonté de mener son propre projet, sans forcément rentrer dans le cadre d’entreprises établies avec leurs contraintes et leurs modèles. Au-delà de ce trait commun, il y a, en réalité, des motivations sous-jacentes très différentes :

  • envie de travailler pour soi,
  • besoin de créer,
  • d’avoir un impact sur le monde,
  • de construire quelque chose,
  • de croire en ce que l’on fait
  • et, évidemment un espoir de gagner de l’argent

L’espoir est d’ailleurs souvent plus important que le fait d’en gagner, tout du moins dans les premiers temps, car le court terme de l’entrepreneur (et souvent le long terme) est plus fait de sacrifices financiers que de gains.

Quelles sont vos motivations ?

Pour savoir si vous êtes fait pour entreprendre dans l’univers des startups, pour vous mettre à votre compte ou pour créer votre PME (qui commencera par être une TPE), il me semble qu’il est judicieux de vous poser la question de vos motivations profondes. J’observe beaucoup de jeunes gens foncer à créer leur startup parce que c’est cool, à la mode, et que cela permettrait d’être libre. Attention, tout le monde n’est pas fait pour être entrepreneur, et quand bien même vous le seriez, la startup n’est pas le seul modèle, même si l’expérience peut être très enrichissante et que cet univers est passionnant.

Si vous n’avez aucune expérience de l’entrepreneuriat, voire de l’entreprise, pour ceux qui sortent tout juste des études, vous sous-estimez très certainement la difficulté de construire un « business rentable », en en particulier le coût du temps de n’importe quelle ressource qui doit travailler sur votre projet. Et vous négligez probablement la valeur de votre propre temps, car même si vous ne vous payez pas, vous renoncez en réalité à un salaire que vous auriez sinon, donc vous investissez de l’argent, beaucoup d’argent, surtout si vous avez fait des études supérieures. Il vous faut l’inclure dans votre modèle, sinon vos raisonnements économiques seront inévitablement faux.

Et vous surestimez très probablement la bienveillance des investisseurs de toute sorte (qu’il s’agisse de « business angels » ou de fonds). Soyons clairs, ils sont là pour gagner de l’argent, et à proportion du risque qu’ils vont prendre. Autant dire que sur un modèle non prouvé, pour rester simple, vous serez le dernier servi, à supposer qu’il reste quelque chose une fois les comptes établis dans le détail à l’heure de la sortie. Si vous débutez sur le sujet et que vous levez pour la première fois des fonds, partez du principe que votre retour sur investissement sera l’expérience.

Je ne peux m’empêcher de penser à cette ancienne blague :

Je me suis associé avec Pierre, un accord de 5 ans

Ah, bien, et sur quelles bases ?

Il amène l’argent, j’amène l’expérience

Et dans 5 ans ?

J’aurai l’argent, il aura l’expérience !

Si on reproduisait cette blague avec un fonds d’investissement, ce n’est pas forcément de l’argent qu’il prendra, puisqu’au contraire il en amènera, mais soyez certain que vous donnerez beaucoup en sueur et en implication, et qu’il n’est pas certain que vous en retiriez un bénéfice financier. Beaucoup se laissent griser par le montant des levées de fonds, avec l’illusion que plus ils sont élevés, plus cela prouve qu’on a du succès. En réalité, cela vous donne certes des moyens supplémentaires de réaliser votre projet, mais cela signifie aussi que la contrepartie attendue à terme sera d’autant plus élevée. Cela accroit donc la pression sur l’entrepreneur. Ce n’est pas forcément un problème, sauf qu’il faut en avoir parfaite conscience !

Une fois qu’on l’a bien compris, les modèles des fonds d’investissement sont intéressants car ils vous permettent de poursuivre des projets que vous n’auriez pas pu suivre sans, mais ayez toujours en tête que vous avez de fortes chances de perdre la main sur votre projet, si quelque chose ne se passe pas comme prévu. Et je n’ai personnellement jamais vu d’entreprise dont le plan se déroule comme prévu . Il y a des sujets sur lesquels c’est probablement la seule voie possible, par exemple dans les biotechnologies où les investissements en R&D en amont seront très importants. Et si on choisit de lever de l’argent, il faut aussi parfaitement comprendre la typologie d’investisseurs auxquels on a recours et leur calendrier, et le présent guide vous donne beaucoup de réponses sur ce sujet. N'oubliez jamais que l’investisseur pense à sa sortie avant même de rentrer, ce n’est pas forcément la posture de l’entrepreneur qui n’a pas obligatoirement un horizon de temps bordé pour son projet.

Il faut donc en revenir aux motivations profondes de l’entrepreneur. Pourquoi je crée ? Pour qui ai-je envie de travailler ? Voici un petit exercice, qui n’a rien d’universel ni d’absolu, mais qui a le mérite de poser la question. Supposons qu’il existe 10 motivations fondamentales pour un entrepreneur, valant chacune 20 points. Je me suis amusé à répartir ces 20 points selon mon propre ressenti de compatibilité avec les 3 modèles d’entrepreneuriat : indépendant à son compte, création de PME, création de startup.

Graphiquement, j’obtiens le radar ci-dessous :

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Il permet d’illustrer visuellement les raisons qui font naturellement pencher vers une approche de consultant indépendant, de créateur de PME ou de lanceur de startup. Il n’y a pas de bon ou de mauvais modèle dans l’absolu, mais il y a des modèles adaptés ou non à ce que vous êtes et ce qui vous fait avancer.

En conclusion

Pour conclure, l’entrepreneuriat est donc avant tout un choix basé sur des motivations très personnelles. Ces motivations sont très importantes à comprendre pour espérer réussir son projet, quel qu’il soit. En effet, la forme du projet, le type d’association, les partenaires financiers que l’on retiendra et le rythme de développement que l’on s’impose devront être totalement adaptés à ces motivations, et à leur évolution dans le temps. Depuis que j’ai créé ma propre entreprise SoftFluent en 2005, mes motivations ont aussi évolué, et le modèle de l’entreprise et d’association a également subi d’importants changements, en fonction des phases de développement de l’entreprise bien sûr, mais très certainement aussi du fait de mes propres aspirations.

Daniel Cohen-Zardi

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